~ Rural ! Chronique d'une collision politique - Etienne Davodeau
Etienne Davodeau a trouvé les traits et les mots justes pour rendre compte de tout ce qu'il a patiemment su observer auprès d'agriculteurs au cours d'une année.
Etant fils de producteurs laitiers (pas bio), j'ai en effet retrouvé dans son ouvrage bon nombre de choses qui m'étaient familières, des soucis du quotidien (santé et qualité du cheptel, climat) aux rythmes des saisons, en passant par des détails ayant attiré l'attention de l'auteur tout comme ils avaient éveillé la mienne lorsque j'étais enfant (dératisation manuelle, chats - surnuméraires - dont il faudra "s'occuper"...).
Les observations de l'auteur ne se limitent pas aux personnes qu'il rencontre, elles concernent aussi leur milieu naturel et leur cadre de vie. Etienne Davodeau fait en outre part de son analyse sur l'agriculture et sa place dans la société. C'est brillant, quoi que l'on pense du sujet !
Rural ! Chronique d'une collision politique - Etienne Davodeau, Delcourt, Encrages, mai 2001, 144 p.
Un coup de coeur pour Canel aussi. Gridou a beaucoup aimé.
~ Récits de la cabane abandonnée, Grey Owl
Lu par Mr :
Après avoir dévoré La dernière frontière, j'ai été un peu déçu par cet autre ouvrage de Grey Owl, plus court que le premier et moins centré sur ses expériences de trappeur. Sa façon d'écrire est toujours aussi agréable à la lecture, et le personnage reste attachant, mais sans doute n'ai-je pas été surpris par le contenu de ce livre comme lorsque j'ai découvert l'auteur. L'animisme qu'il revendique souvent - et qu'il partage avec des Indiens d'Amérique dont il a adopté des modes de vie et de pensée - m'a en outre un peu agacé, tant il est éloigné de ma façon de concevoir le monde. Ceci ne m'a cependant pas empêché d'apprécier la beauté du dernier récit du livre, relatant la vie d'un arbre pluri-centenaire... Je lirai ses autres écrits si l'occasion s'en présente (Un homme et des bêtes déjà paru dans la même collection, et Ambassadeur des bêtes ainsi que Sajo et ses castors à paraître aussi dans la même collection).
Récits de la cabane abandonnée, Grey Owl, Souffles, Arbres de Chair, juin 2010, 236 p.
~ Seul le silence, R.J. Ellory
Enfant unique, Joseph a douze ans lorsque son père meurt en 1939. Peu de temps après, des cadavres mutilés de petites filles sont retrouvés épisodiquement dans le voisinage. Les fillettes étaient des camarades de classe de Joseph. Ces meurtres bouleversent et hantent ce jeune garçon intelligent, sensible, et ayant une tendance à l'introspection et au sentiment de culpabilité. L'adolescence de Joseph sera rythmée par cette barbarie à la fois proche et insaisissable - car incompréhensible et inacceptable - et par celle de la Guerre en Europe, plus lointaine mais tout aussi perturbante.
Voici un roman qui captive immédiatement le lecteur. Délicieusement subtil et sensible, il est riche de réflexions pertinentes, et ponctué de dialogues savoureux entre le jeune adolescent et les adultes sages et bienveillants qui l'entourent... Attention, n'attendez ni un polar trépidant ni un thriller effrayant : certes, l'ambiance est sombre, mais l'enquête est pour le moins discrète, et à vrai dire, on ne s'en soucie guère, même s'il nous tarde de connaître le fin mot de l'histoire. Ce sont les interrogations de Joseph qui priment et sa volonté de trouver l'identité du coupable pour se libérer de ce poids qui l'accablera de nombreuses années au milieu de tous ses tourments...
Le narrateur, Joseph, épris de littérature et d'écriture, évoque maintes fois John Steinbeck et Truman Capote. Dans cet ouvrage, R.J. Ellory fait preuve d'un talent digne de ces grands écrivains. On pense également à Harper Lee (Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur) lors des échanges empreints de douceur, de bon sens entre Joseph enfant et ses proches.
Alors, avec toutes ces louanges, pourquoi pas un petit coeur rose ? j'ai seulement trouvé que le récit s'essoufflait un peu en seconde partie et que les "ennuis" - le mot est faible - de Joseph devenaient excessifs... Mais je reste convaincue que ce roman est une pépite !
Seul le silence, R.J. Ellory, Le livre de Poche, août 2009, 608 p.
A noter : ce roman a initialement été publié par les éditions Sonatine - gage de qualité ! ![]()
Nous sommes cinq à avoir partagé cette lecture, je vous invite à découvrir les avis de Restling, DeL, Jules et Liliba.
Emilie, Biblio et Joelle ont également lu cet ouvrage.
~ Bye Bye Blondie, Virginie Despentes
Lu par Mr :
Le sujet central du roman n'est pas particulièrement original en soi puisqu'il s'agit d'une histoire d'amour. Celle-ci est cependant racontée d'une manière intéressante, avec une analyse approfondie des personnages (en particulier celui de Gloria, alias Blondie) et de leurs rapports. Virginie Despentes fait vraiment bien ressentir la colère quasi-permanente de cette femme, ainsi que les difficultés adolescentes. Le style du roman est agréable, et les mots bien choisis, souvent percutants. Une seule petite réserve, mais elle découle probablement de toutes ces qualités : l'ambiance et donc la lecture deviennent un peu pesantes, même si le livre est court. En résumé, je conseille ce roman mais il convient de l'aborder à un moment "favorable", les troubles de Gloria étant dérangeants.
Je ne suis pas certain de vouloir lire rapidement d'autres ouvrages de cette auteur, craignant que tous se ressemblent.
L'avis de Canel.
Bye Bye Blondie, Virginie Despentes, LGF, Le Livre de Poche, mars 2006, 245 p.
Duel, Propaganda
Petit retour en 1985...
Les lectures communes...
... de l'automne :
- Seul le silence, RJ Ellory - Restling, DeL, Jules et Liliba - le 27 septembre
- Le cri de l'engoulevent, Kjell Eriksson, avec Biblio, le 2 octobre

- Sur la plage de Chesil, Ian McEwan, avec Chaplum, Mara, aBeiLLe, billet le 7 octobre
- Ma soeur, mon amour - Chitra-Banerjee Divakaruni, avec Ellcrys, billet le 15 octobre
- Zulu de Caryl Férey, avec Biblio, billet le 20 octobre
- La voleuse de livres, Markus Zusak - avec Ellcrys, Mango, Valérie, Clara, Cynthia, Lalou, aBeiLLe, George, Herisson08, billet le 5 novembre
- Junk, Melvin Burgess avec L'Ogresse, billet le 20 novembre
- La fenêtre panoramique de Richard Yates, avec Mango, Choupynette, billet le 06 décembre
- De sang-froid de Truman Capote, avec Mango, Nathalie, billet le 16 décembre
... rejoignez-nous !
~ Chute de vélo, Etienne Davodeau
Avant de mettre en vente la maison de sa mère atteinte de la maladie d'Alzheimer, Jeanne, son mari, leurs deux enfants et un neveu y passent l'été pour faire du tri, du ménage, du jardinage. Ils invitent la vieille dame à les rejoindre. Simon, un frère de Jeanne, et Toussaint, un vieil ami de la famille, viennent également les retrouver. Ces vacances vont être riches en émotions, entre les répliques acerbes entre beaux-frères, les absences d'Irène, les quatre cents coups des enfants, les aventures du maçon et de son apprenti, les aveux de Toussaint...
Après les documentaires, retour pour moi dans le registre BD "fiction-émotion" d'Etienne Davodeau. A partir d'une histoire simple, dans laquelle chacun peut se reconnaître, l'auteur évoque de façon sensible et touchante Alzheimer, la famille et ses brouilles, la rédemption, la maladresse cruelle des enfants et leurs inquiétudes - sur la mort en général, et la perte d'un proche en particulier...
Encore une jolie découverte de l'univers d'Etienne Davodeau avec cet album !
Chute de vélo, Etienne Davodeau, Dupuis SA, Aire Libre, mars 2009, 100 p.
~ Apocalypse Bébé, Virginie Despentes
Trentenaire réservée, prude, vaguement déprimée, Lucie travaille sans grande conviction pour une agence de détectives privés. Généralement cantonnée aux filatures d'adolescents, elle vient de perdre la trace de Valentine, jeune fille de quinze ans manifestement perturbée. La grand-mère promet une grosse récompense pour la retrouver. Lucie va s'associer avec une redoutable "privée", homo aux méthodes persuasives et musclées : la Hyène. Formant un duo improbable et attachant, la timide silencieuse et la pugnace hardie vont partir sur les traces de Valentine, entre Paris et Barcelone, à la rencontre d'adultes désenchantés et d'ados révoltés...
Je poursuis ma découverte des ouvrages de Virginie Despentes, et j'admire toujours autant l'écriture et le propos. Son style vif, direct, a le mérite d'immerger rapidement le lecteur dans l'intrigue, même lorsque le cadre semble relativement dépaysant (ici, dérives adolescentes, milieu lesbien)... L'humour est savoureux : tour à tour caustique et tendre dans les reparties de la Hyène, il devient grinçant dans le regard porté sur la société et certains travers des protagonistes. L'auteur a en outre le talent de s'adapter parfaitement aux styles contrastés de ses personnages : le ton est toujours juste, qu'il s'agisse d'une jeune fille paumée, d'un écrivain nombriliste, d'une bourgeoise quadra mal-aimée, d'une ado victime de la violence paternelle... Ce roman a en plus une trame de polar, avec le bon dosage de suspense et de rebondissements-chocs. La fin surprend, laisse un goût amer et recadre vers le sujet qu'on peut avoir perdu de vue par moments : le désespoir adolescent...
Apocalypse Bébé, Virginie Despentes, Grasset, août 2010, 352 p.
Merci Patricia !
Challenge 2% de la rentrée littéraire de Schlabaya : 8/14
~ Le bal des débris, Thierry Jonquet
Fred est "pousseur de chariots" dans un hôpital pour personnes âgées. A vingt-quatre ans, il a d'autres ambitions, plus ou moins honnêtes. Aussi se montre-t-il enthousiaste lorsque Lepointre, un pensionnaire de la maison de retraite, lui propose de dévaliser une riche vieillarde.
C'est la première fois que je suis déçue par un roman de Thierry Jonquet. Titre, couverture, écriture, et intrigue m'ont agacée... J'ai d'abord eu l'impression désagréable d'écouter l'accent gouailleur de Gabin dans un vieux polar en noir et blanc. Et puis l'histoire loufoque ne m'a absolument pas convaincue. Oui, d'accord, j'ai souri, la description de Jeanine, syndicaliste pure et dure, est amusante, et la critique des établissements de gériatrie et de l'acharnement thérapeutique est bien sentie. Mais les excès et le grotesque m'ont empêchée de savourer cet ouvrage, que j'ai même lu sur plusieurs semaines...
Pour Mr, en revanche, ce fut un coup de coeur, son avis enthousiaste est là.
Merci Restling, Valérie et Calypso, pour cette lecture commune, j'espère que vous l'avez plus appréciée que moi !
Le bal des débris, Thierry Jonquet, Points Roman Noir, janvier 2010, 186 p.
~ Jeanne de la Zone, Etienne Davodeau et Frédérique Jacquet
En 1900, la ville de Paris est entourée de fortifications érigées depuis les années 1840. A l'extérieur de ces fortifs, c'est la Zone, où des ouvriers, des chiffonniers, se construisent des petites maisons en bois et vivent frugalement mais dignement. Mode de vie à mi-chemin entre ville et campagne, solidarité entre voisins, proximité des usines polluantes, aspiration des ouvriers à des conditions moins pénibles... voici le contexte des premières années de Jeanne, une "zonière" parmi d'autres...
En commandant cet ouvrage, j'avais cru qu'il s'agirait d'une autre BD d'Etienne Davodeau. Eh bien non, c'est un documentaire sous forme d'album, dont les dessins illustrent un texte... Passé une légère déconvenue, j'ai rapidement été captivée par Jeanne et cette période de l'Histoire parisienne que je ne connaissais pas. Cela m'a fait penser à la collection Quand papy avait mon âge, mais cet ouvrage est plus étoffé, destiné à des enfants un peu plus âgés. Le lexique de fin est particulièrement instructif, y compris pour les adultes, les définitions sont enrichies de citations d'auteurs (Perec, Baudelaire, Dabit, Bachelard...). On y apprend notamment que le terme "apache" désignait "un jeune délinquant de Paris et de sa banlieue", que les produits étaient taxés intra-muros seulement, que l'octroi existait encore... Bref, ce voyage dans la banlieue parisienne du début du XXème siècle est plein de charme et vraiment passionnant. A lire dès 10-12 ans.
Jeanne de la Zone, Etienne Davodeau et Frédérique Jacquet, Editions de l'Atelier, L'Histoire sensible, septembre 2008, 108 p.

















