~ La saga Mendelson, tome 1 : Les exilés - Fabrice Colin
Fabrice Colin a réuni prétend avoir réuni* les archives et recueilli les témoignages de quelques membres d'une famille juive pour dessiner la "saga Mendelson" entre 1895 et 2000.
Dans ce premier opus, nous suivons Isaac Mendelson - horloger talentueux et reconnu - sa femme et leurs deux enfants David et Leah. Ils vivent d'abord en Russie, à Odessa. Les pogroms les contraignent rapidement à fuir, et après un interminable voyage à travers les montagnes où ils braveront le froid, la faim, les loups, ils parviendront enfin à Vienne. Ils ne s'arrêteront pas là pour échapper à l'antisémitisme ambiant et déjà terriblement menaçant...
La richesse et la diversité des documents présentés (extraits de journaux intimes, photos, interviews...) rendent cette saga passionnante et très agréable à lire. Le rappel des contextes économiques et politiques, les anecdotes autour de quelques personnages célèbres (Hitler, Egon Schiele, etc.) ajoutent un intérêt historique à la découverte de cette famille attachante, au destin hors du commun.
Il s'agit d'une série pour adolescents. Vu les connaissances historiques requises - même si elles sont bien rappelées - je ne conseillerais pas cette trilogie avant quinze ans.
* PS : je suis crédule et j'aime croire aux histoires, alors j'ai mordu... et donc oui, je suis déçue ! Merci, Anne-Sophie, d'avoir mis les choses au point grâce à l'interview de l'auteur. J'ai également trouvé une interview de Fabrice Colin sur le site Lirado (où je me suis ensuite régalée à me promener). Ses propos y sont moins clairs sur le côté fiction de ces trois ouvrages. Malgré tout, je ne vais pas attendre très longtemps pour découvrir la suite, les deux autres volumes ont déjà rejoint ma PAL !
La saga Mendelson, tome 1 : Les exilés - Fabrice Colin, Seuil avril 2009, 276 p.


Lectures communes automne-hiver 2010
- La communauté du Sud (T1 : Quand le danger rôde), Charlaine Harris - Mango, Sofynet, pour le 13 septembre
- Seul le silence, RJ Ellory - Restling pour septembre
- Le bal des débris, Thierry Jonquet, Restling, Valérie et Calypso pour septembre
- Sur la plage de Chesil, Ian McEwan, avec Chaplum, billet le 7 octobre
- Ma soeur, mon amour - Chitra-Banerjee Divakaruni, avec Ellcrys, billet le 15 octobre
- Zulu de Caryl Férey, avec Biblio, billet le 20 octobre
- La voleuse de livres, Markus Zusak - avec Ellcrys, Mango, Valérie, Clara, Cynthia, Lalou, billet le 5 novembre
- La fenêtre panoramique de Richard Yates, avec Mango, Choupynette, billet le 06 décembre
- De sang-froid de Truman Capote, avec Mango, Nathalie, billet le 16 décembre
* * REJOIGNEZ-NOUS !! * *
Je projette de lire également des romans de Sylvie Germain (déjà lu L'inaperçu et Magnus, et très bientôt Jours de colère), De la part de la princesse morte de Kenizé Mourad, La bâtarde d'Istanbul de Elif Shafak, La Caverne des idées de Somoza José-Carlos, Le chuchoteur de Donato Carrisi...
QUI EST INTERESSE ?
vous pouvez me faire des propositions parmi d'autres livres de ma vieille PAL, pas mise à jour depuis février, je préfère ne pas savoir ! (hors pavés, siou'plaît, je ne serai pas encore remise d'un certain prix de lecteurs qui nous en a gavés, hein Celsmoon !?)...
~ Est-ce ainsi que les femmes meurent ? - Didier Decoin
Kitty Genovese est poignardée à mort une nuit de mars 1964. Le meurtrier, un mécanographe de vingt-neuf ans, marié et père de deux enfants, est rapidement appréhendé. Deux journalistes découvrent que trente-huit personnes ont été les témoins passifs de ce drame. Pourquoi ? Comment ?
J'attendais beaucoup de ce roman, Didier Decoin est un auteur qui m'a enchantée il y a dix-quinze ans... Le premier tiers du livre m'a semblé piétiner, tourner en rond, je m'y suis ennuyée. Puis on assiste au procès, notre curiosité sur l'affaire est enfin éveillée et partiellement satisfaite. On reste abasourdis par certains des prétextes invoqués par les témoins pour justifier leur immobilisme. Lourde de détails sordides, la dernière partie du roman présente néanmoins l'intérêt de mettre le lecteur face à sa propre lâcheté, son inertie probable, lorsque survient un danger pour autrui.
L'épilogue est très intéressant, il rapproche ce cas - réel - de phénomènes observés par des psychologues lors de tests de mises en situations : "Latané et Darley conclurent que quand un seul témoin est présent dans une situation d'urgence, il porte la responsabilité de devoir l'assumer ; mais si d'autres sont présents, la charge de la responsabilité se diffuse." (p. 183)
Les dernières phrases du livre m'ont semblé judicieusement choisies pour illustrer ce sinistre fait divers : "Le monde est un endroit redoutable, disait Albert Einstein. Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, qu'à cause de ceux qui voient ce mal et ne font rien pour l'empêcher." (p. 186).
Est-ce ainsi que les femmes meurent ? - Didier Decoin, LGF, Le Livre de Poche, mai 2010, 185 p.
De Didier Decoin, j'ai beaucoup aimé John l'enfer (prix Goncourt en 1977), La femme de chambre du Titanic, La promeneuse d'oiseaux, Louise, Docile. J'avais en revanche abandonné Les trois vies de Babe Ozouf.
~ Le crime de silence, Le génocide des Arméniens - Tribunal permanent des peuples
Mr continue à se documenter sur le génocide des Arméniens :
Ce tribunal d'opinion a publié le fruit de ses travaux sur le sujet en 1984 aux éditions Flammarion. L'ouvrage se présente comme une succession de témoignages (d'historiens et d'un survivant). La lecture, fastidieuse, des chapitres de présentation des sources documentaires n'est pas indispensable à la compréhension des exposés. Hormis cette partie et le renvoi en fin d'ouvrage de thèses des autorités turques, l'ordre des exposés est logique :
- présentation de la question arménienne de 1878 à 1923 sous ses aspects de politique intérieure et géopolitique,
- genèse de l'idéologie panturquiste qu'ont développée certains représentant du Mouvement Jeune Turc parvenu au pouvoir de 1908 à 1918,
- présentation des évènements de 1915 et 1916 par l'historien Yves TERNON,
- récit d'un survivant,
- résumé de thèses des autorités turques (en 1984 mais elles n'ont à ma connaissance guère changé).
L'exposé d'Yves Ternon contredit la principale de ces dernières thèses selon laquellle le gouvernement de l'époque a dû transférer une population civile rebelle qui entravait son action militaire sur le front caucasien, par les arguments suivants:
- absence d'actes de rébellion généralisée des populations arméniennes d'Anatolie (ces populations revendiquant surtout d'être considérées par le pays et dans son sein avec une considération équivalente - mais perfectible aussi - à la majorité de la population musulmane),
- de mai 1918 à juillet 1918 dans le plupart des bourgades d'Anatolie les hommes valides (principalement) ont été assassinés et les survivants (essentiellement des femmes, des enfants et des personnes âgées) ont été déportés (mais pas seulement : viols, adoptions forcées...),
- il n'existait pas de lieux de transferts organisés pour recevoir les populations déplacées de manière compatible avec leurs survies (Alep, lieu de convergence d'une partie de ces populations n'a été qu'un lieu de transition, entre une mort sur place ou un renvoi vers le désert sans moyens d'y survivre),
- concernant la préméditation qu'il retient, l'historien rapelle : des massacres précédents (300 000 Arméniens en 1894/1896, 30 000 arméniens en 1909 et 50 000 arméniens en 1914), l'idéologie panturquiste de dirigeants de l'époque (en particulier Talaat Pacha, Enver Effendi et Djemal Effendi, respctivement ancien grand vizir, ministre de la guerre et ministre de la marine) et l'importance des enjeux anotoliens et culturels (religieux) dans cette perspective.
L'un des historiens intervenant explique aussi comment selon lui Mustafa Kemal (Atatürk), non impliqué dans les décisions politiques de 1918 et 1919 à l'égard des populations arméniennes, a poursuivi l'unification de la nation turque aux dépens de celles qui avaient survécu.
Les thèses turques sont exposées sous forme de réponses à neuf questions dans un chapitre issu de travaux de l'Institut de politique étrangère d'Ankara. L'avant-propos de ce chapitre débute par un parallèle entre ce qui est qualifié de "propagande malveillante" et le terrorisme arménien ! Les trois premières questions portent sur l'appartenance historique de l'Anatolie aux populations arméniennes (en remontant aux temps bibliques). Dans la réponse à la quatrième question ("Les turcs ont-ils tenté de massacrer les arméniens à partir de 1890 ?") la thèse d'une population arménienne rebelle manipulée par la Russie est mise en avant. Les événements de 1815 sont ensuite expliqués par le même thèse tandis que les télégrammes de Talaat Pacha ordonnant de procéder à des massacres sont présentés comme des documents falsifiés. Enfin, les Arméniens de Turquie vivent désormais dans le meilleur des mondes possibles selon eux...
Le crime de silence, Le génocide des Arméniens - Tribunal permanent des peuples, Tessa Hofmann, François Rigaux, et Richard Hovannisian, Flammarion, Champs Flammarion Sciences, janvier 1994, 380 p.
Une bibliographie ici.
~ Noir américain, Armand Cabasson
L'avis de Mr :
Ce petit recueil de nouvelles m'a été vivement conseillé par Canel. Je l'ai donc lu, bien que sa présentation ne m'attirât guère (format inhabituel et motif de la couverture). La première nouvelle ("Jenny et Grapp le monstre") m'a impressionné par la justesse de son ton, par la personnalité de l'enfant mise en scène (attachante, fascinante...) ainsi que par la qualité de son intrigue. Tout cela en une douzaine de pages !
J'ai trouvé les autres nouvelles inégales, de moyennes ("Faire boire le désert", "Démons et revenants", "L'exquise beauté du cafard") à excellentes ("La chute du monde moderne", "Le grand méchand loup", "Le sabre de Shiloh"). Les personnages sont présentés de manière particulièrement sensible lorsqu'il s'agit d'enfants, ce qui contribue alors à crédibiliser les récits. Cette dernière qualité est selon moi celle qui manquait à "L'exquise beauté du cafard" qui relève davantage du genre fantastique que du registre "policier".
En résumé : un grand BRAVO à l'auteur qui parvient à nous raconter des petits "romans" en format de nouvelles !
L'avis enthousiaste de Canel... Amusant : c'est un coup de coeur pour tous les deux, alors que nous n'avons pas du tout apprécié les mêmes nouvelles !
Noir américain, Armand Cabasson, Editions Thierry Magnier, octobre 2008, 173 p.
~ Le coeur régulier, Olivier Adam
Nathan, dépressif chronique, est décédé dans un accident de voiture. Quatre mois plus tard, sa soeur Sarah, fatiguée de sa vie de mère, d'épouse, et de femme active, éprouve le besoin de partir sur ses traces, dans ce village japonais bordé de falaises où tant de désespérés viennent mettre fin à leurs jours.
Comme toujours chez Olivier Adam, nous suivons dans ce roman des êtres fragiles, mal en point, en rupture avec la banalité d'un quotidien qu'ils ne supportent plus. On retrouve la plupart des thèmes récurrents de l'auteur : le désespoir, l'alcool, le suicide, le sentiment de culpabilité des proches de suicidés, l'amour et la complicité entre deux membres d'une fratrie, et aussi la présence forte de la nature, de la mer... J'ai été moins sensible à cet ouvrage qu'à Falaises ou Des vents contraires, j'ai trouvé l'écriture plus diluée, moins percutante, les personnages m'ont moins convaincue. Pour Clara, en revanche, c'est un immense coup de coeur.
Merci, Clara, pour le prêt ultra-rapide, et la surprise ! 
Le coeur régulier, Olivier Adam, Editions de l'Olivier, août 2010, 232 p.
Extrait :
"(...) la plupart des hommes et des femmes que je croisais dans la rue me semblaient admirables, qu'ils se lèvent chaque matin enfilent leur tailleur leur costume leur bleu de travail leur uniforme me semblait admirable, qu'ils se rendent à leur bureau dans leur usine, mènent cette vie-là et tiennent bon me semblait admirable, qu'ils s'occupent de leurs enfants du quotidien de leurs proches me serrait le coeur, je ne les connaissais pas mais je devinais en eux des blessures, une fatigue, des failles qui me bouleversaient. Leur capacité de résistance m'épatait, leur foi en l'avenir m'émerveillait, la vie me paraissait si dure et menaçante, si violente, coupante et acide, j'avais tout fait pour m'en protéger mais au fond je demeurais cette petite fille rongée par la peur qui se cachait dans la forêt et se lovait contre son frère, priant pour qu'on l'oublie et que les bombes tombent ailleurs." (p. 191-192)
~ Black Rock, Amanda Smyth
Mr s'est régalé :
Quelques années de la vie d'une jeune orpheline à la recherche de ses racines et à l'avenir incertain, dans les années 1950 sur une île des Caraïbes...
Les protagonistes - et en particulier la narractrice - sont touchants. Les caractères des personnages et leurs sentiments sont tellement bien exposés que les événements qu'ils vivent sont quasiment pressentis par le lecteur avant qu'ils n'interviennent sans que celui ne nuise excessivement au suspense... lequel n'est d'ailleurs pas l'intérêt ni l'objet principal du roman. La révélation de chaque événement s'effectue toujours au moment opportun et cette cohérence avec personnalités et états d'âme donne une grande crédibilité à tout le récit.
Ma seule petite réserve porte sur la simplicité du style : quelques phrases courtes... mais je suis particulièrement difficile sur ce point, et pas forcément représentatif !
En conclusion, il s'agit pour moi d'un excellent roman, et je pense qu'il devrait toucher particulièrement les femmes.
Black Rock, Amanda Smyth, Phébus, septembre 2010, 349 p.
Nouvelle bannière
C'est l'été, sortons nos livres ! Val a relooké ma vache, merci TOUT PLEIN !


A vous de dire si vous préférez un fond jaune comme ça ou rose framboise comme les bouquins de droite ! Merci...
~ Noir américain, Armand Cabasson
Dix nouvelles "américaines" - certaines pourraient se dérouler n'importe où, d'ailleurs - écrites par un auteur français. Les intrigues sont noires mais pas trop, l'une flirte avec le fantastique. Armand Cabasson parvient, avec un style très agréable, à concilier suspense et surprise avec sensibilité et émotion, ceci dans des récits d'une douzaine de pages seulement. J'émets juste une réserve sur "J'aurais voulu être du FBI" dont je n'ai pas aimé le dénouement théâtral...
Une très bonne surprise avec ce petit recueil pris par hasard à la médiathèque.
Noir américain, Armand Cabasson, Editions Thierry Magnier, octobre 2008, 173 p.
~ Histoires de Nasreddin Hodja
Souvenir de Turquie pour Junior... et toute la famille !
Introduction de Dominique Halbout : Nasreddin Hodja est un personnage qui fait partie du paysage familier de tous les Turcs, grands et petits. On se raconte ses histoires, on emploie dans la vie courante ses bons mots sous forme d'expressions ou de dictons ; les écoliers lisent ses anecdotes, illustrées selon la personnalité que lui a forgée peu à peu la légende. Il s'agit d'un brave hodja, c'est à dire l'autorité religieuse du village et la seule personne du coin considérée comme savante, mais qui est en même temps un paysan, intimement mêlé à la vie de son village. De ce fait, il est nanti des défauts de tout un chacun : c'est un villageois matois, roublard, farceur, intéressé, gourmand, mais sans aucune méchanceté foncière et toujours bon enfant. (...) A travers ce recueil d'histoires très diverses se dessinent toute la vie religieuse et sociale d'un village d'Anatolie, avec ses coutumes et ses cancans, ainsi que l'environnement immédiat de Nasreddin Hodja, ses voisins, sa femme, son fils, son âne. Nasreddin Hodja, selon les savants, aurait vécu au XIIIème siècle ou au XIVème-début XVème siècle. (...)
La préférée de Junior est celle-ci, et j'aime beaucoup ce choix :
"On ne peut clore le bec des gens comme on ferme un sac à coulisse.
Un jour, Nasreddin Hodja se rend au village, son fils monté sur l'âne et lui à pied. Ceux qu'ils rencontrent en chemin font des réflexions à leur sujet : "Mais c'est le monde à l'envers ! Un homme âgé qui va à pied et un jeune homme jugé sans vergogne sur l'âne !". Nasreddin Hodja, en entendant ces paroles, fait descendre son fils et monte sur l'âne. Un peu plus loin, des gens qui sont au bord de la route s'exclament en les voyant : "Quelle honte ! Un grand type monté sur l'âne, tandis qu'un petit enfant va à pied. Il n'y a pas de pitié sur cette terre !". Nasreddin Hodja, entendant ces mots, prend son fils avec lui et ils continuent la route montés tous les deux sur l'âne. Un moment plus tard, ils rencontrent de nouveau des villageois. L'un d'eux s'écrie : "Ce n'est pas croyable ! Deux personnes sur cet âne efflanqué. Quelle cruauté ! Ils vont éreinter le pauvre animal.". A ces mots, Nasreddin Hodja descend de l'âne et en fait descendre également son fils. Ils poursuivent leur route, l'âne allant devant et eux derrière. A l'approche du village, quelqu'un sur la route dit à ses compagnons : "Regardez donc ces imbéciles ! L'âne s'en va paisiblement en ondulant de la croupe et eux se traînent à pied derrière lui. Quels idiots !". Entendant cela, Nasreddin Hodja dit à son fils : "Alors, tu as entendu ? Le mieux, c'est de faire à ta guise. Quoi que tu fasses, les gens y trouveront toujours à redire. On ne peut clore le bec des gens, comme on ferme un sac à coulisse." (p. 36)
L'avis général de Junior : j'ai dévoré ces courtes histoires. C'est très moral, et souvent la fin est amusante. Mais il y a des fables que je n'ai pas comprises. Les dessins me plaisent, la tête naïve de Nasreddin me fait marrer.
PS de Canel : je ne trouve pas cette édition en France (ah, dans l'oreillette, Gwenaelle me dit l'avoir !). Il existe le recueil infra, j'ignore s'il est accessible aux plus jeunes ?


















