dimanche 31 janvier 2010

La Femme de l'Allemand, Marie Sizun

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J'ai lu ce livre pour la première fois en juin 2008. Il m'a récemment été envoyé pour le prix des lecteurs Livre de Poche 2010, je l'ai redécouvert avec une émotion encore plus vive qu'à la première lecture.

Fin des années 1940, la petite Marion vit seule avec sa mère Fanny qui est atteinte de psychose maniaco-dépressive. L'enfant n'entendra ce diagnostic clairement formulé que vers 10 ans, mais en attendant elle subit les troubles de l'humeur de cette maman pas comme les autres, qu'elle admire, adore, et qui la terrorise quand elle devient "l'Autre"... Fanny ne voit plus ses parents, ceux-ci l'ayant rejetée en raison de sa liaison coupable avec un Allemand dont est née Marion. La fillette va néanmoins régulièrement chez ses grands-parents le dimanche et quand sa mère est hospitalisée. Elisa - la grand-tante douce, discrète, attentionnée - sert de médiateur. Marion guette avec appréhension les signes avant-coureurs des rechutes de sa mère : les insomnies, les accès mystiques, la chanson "Le temps des cerises" entonnée avec une voix d'homme. Les crises de Fanny deviennent de plus en plus fréquentes, de plus en plus graves. Marion grandit et son regard envers sa mère se fait plus sévère, moins indulgent, elle a de moins en moins envie de la retrouver après les hospitalisations. La méfiance s'installe entre la mère et la fille. Leurs relations deviennent féroces, atroces, éprouvantes pour la jeune fille qui n'aspire qu'à une vie paisible et ordonnée...

Le roman, écrit à la deuxième personne du singulier, est immédiatement prenant. Souvent en huis-clos entre la mère et la fille, on est happé dans ce récit où les personnages sont décrits avec une acuité particulière, on n'en perd pas une ligne. Il est d'emblée question de l'ambivalence des sentiments de Marion à l'égard de sa mère, les mots "amour" et "effroi" sont des leitmotivs. C'est poignant, terrible, extrêmement émouvant... La mère malade agace et émeut, ce que doit subir la jeune Marion révolte, sa force est bouleversante : "Tu ne peux plus rien pour Fanny. Tu dois te sauver, ne plus t'occuper d'elle. La tentation de la pitié, tu le sens confusément, c'est la tentation d'autre chose. Tu ne veux pas devenir le double de Fanny, le double de l'image adorée et haïe." (p. 238).

De cette auteur, j'ai aimé Le Père de la Petite, mais pas Jeux croisés... Finalement, je n'attendrai pas la sortie en poche de Eclats d'enfance.

Ma note : 17/20

La Femme de l'Allemand, Marie Sizun, LGF, Le livre de Poche, août 2009, 281 p.

Un autre roman très fort sur une mère maniaco-dépressive : La Donation de Florence Noiville.

Posté par Canel à 20:49 - - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires sur La Femme de l'Allemand, Marie Sizun

Un coup de coeur pour moi aussi. J'ai lu tous les livres de Marie Sizun. Tous sont très bons, tu peux y aller les yeux fermés.

Posté par sylire, dimanche 31 janvier 2010 à 21:50
Vilain petit canard!!!!

Marie Sizun était venue à Lorient présenter ce livre qui était en compétition pour le prix Cézame, je l'ai commencé deux fois et jamais fini.....
A bientôt
Yvon

Posté par Eireann Yvon, dimanche 31 janvier 2010 à 22:27

J'adore ! J'aime l'univers de Marie Sizun, son style, sa narration... Merveilleux !

Posté par clara, lundi 1 février 2010 à 08:02

@ Sylire : pas aimé "Jeux croisés", du coup j'hésitais pour "Eclats d'enfance", je n'hésite plus, ça sera ma prochaine commande Am****
@ Yvon : il est vrai que le style est particulier. Mon Mr ne supporte pas non plus le "tu" et les phrases hachurées.
@ Clara : oui, bcp aimé celui-ci et "Le père de la petite", je signe tout de suite pour "Eclats d'enfance".

Posté par Canel, lundi 1 février 2010 à 09:33

J'avais aimé mais sans plus. D'abord, j'ai du mal avec le thème de la folie et la narration à la deuxième personne me gêne toujours.

Posté par valérie, lundi 1 février 2010 à 19:06

Il est vraiment temps que je découvre cette auteure!

Posté par Cynthia, lundi 1 février 2010 à 19:55

@ Valérie : oui, le "tu" en gêne plus d'un, à commencer par Mr. Tu as néanmoins lu le superbe "La maladie de Sachs" de Winckler ?
@ Cynthia : oui, je te la conseille !

Posté par Canel, lundi 1 février 2010 à 19:58

J'avais aimé "Le père de la petite", celui-ci rejoindra ma PAL à un moment ou à un autre.

Posté par Stephie, mardi 2 février 2010 à 17:21

@ Stephie : oui, j'avais aussi bcp aimé "Le père de la petite", je te conseille celui-là !! Par contre j'ai moins apprécié "Jeux croisés"...

Posté par Canel, mardi 2 février 2010 à 19:22

Un roman sur les relations mère/fille je suis certaine que ça me plairait! Il est noté! )

Posté par aBeiLLe, mercredi 3 février 2010 à 07:23

@ Abeille : il est superbe, ne t'en prive pas. Feuillette peut-être avant pour le style particulier. Les sorties en format poche correspondent aux nôtres au Canada ?

Posté par Canel, mercredi 3 février 2010 à 08:53

Non un mois ou deux plus tard. Même que ses précédents je ne les trouve pas nulle part...

Posté par aBeiLLe, mercredi 3 février 2010 à 09:27

@ aBeiLLe : et Amazon et Fnac ne livrent pas au Canada ? ou frais de port exorbitants ?

Posté par Canel, mercredi 3 février 2010 à 10:23
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