~ Silhouette, Jean-Claude Mourlevat
Gallimard Jeunesse, Scripto
janvier 2013, 224 p. - 8,55 €
Lu par Mr :
Le dénouement des nouvelles de ce recueil est rarement gai, et même quelques fois dérangeant. Les portraits des personnages sont rapidement dressés, et généralement de manière crédible (hormis dans la nouvelle "L'accord du participe", l'une des trois que j'ai le moins appréciées, avec "Dom Juan" et "Un escroc").
Le propos est tour à tour ou simultanément émouvant et plein d'ironie ou d'humour noir. Ainsi, dans les nouvelles "Silhouette", "Case départ", et "Pardon", on ne peut retenir un sourire (moqueur) à l'égard des personnages principaux tout en compatissant avec eux.
Le style est en outre agréable : à la fois précis et concis comme le genre l'impose.
Une lecture que je recommande vivement, dès 14 ans. En tout cas je n'hésiterai pas à lire d'autres recueils de nouvelles de cet auteur, malgré mon bémol concernant trois des dix récits de celui-ci.
< emprunt mdtk >
~ Black Coffee, Sophie Loubière
Fleuve Noir, Thriller
14 février 2013, 559 p.
♥♥♥♥♥
Bienvenue sur la mythique Route 66, environ 4 000 km entre Chicago et Los Angeles. La "'Mother Road" et ses motels, ses stations services, son désert, ses bikers… Et accessoirement un serial killer qui a sévi à partir de 1966.
Sur les traces du tueur en 2011 : l'épouse française d'un homme fugueur/disparu, et un professeur américain spécialisé en criminologie, témoin à dix ans de meurtres dans sa famille.
Amère déception après L'enfant aux cailloux, un roman noir original, poignant, crédible - gros coup de cœur 2012. Aucun de ces atouts ici : l'intrigue est banale, saupoudrée d'une amourette sirupeuse qui n'apporte rien, hormis une touche de rose dont on pourrait aisément se passer. La fin est totalement prévisible et rebattue. Quant aux méthodes d'investigation : un blog ouvert à tous, dont l'auteur est traçable presque heure par heure, où sont restituées les confessions du suspect en cavale, et les avancées de l'enquête. Heum, est-ce bien raisonnable ? Je demande à voir pour y croire.
Le livre reste très agréable à lire, le cadre est bien sûr magique et rappelle le célèbre film 'Bagdad Café', sa musique... Mais ce thriller trop formaté est bien pâlichon en regard du précédent de l'auteur.
20 au 23 mai
A découvrir, l'excellent L'enfant aux cailloux (mon coup de coeur absolu de 2012) - bientôt en format "poche" ??
---- Challenge thrillers et polars de Liliba, 49e ----
- dernier récap des lectures de TOUS les participants fin avril ici (plein d'idées à piocher !) -

~ Bon pour la casse, Les déraisons de l'obsolescence programmée - Serge Latouche

Editions "Les liens qui libèrent"
octobre 2012, 138 p. - 12,35 €
♥♥♥♥♥
Trois types d'obsolescence :
- l'usure rapide de l'objet lui-même, programmée par les concepteurs à la demande des industriels
- sa désuétude due à l'apparition de nouveaux produits plus performants (essayez internet avec un coucou de plus de 5 ans d'ancienneté, à supposer que la bécane fonctionne encore...), ou plus "à la mode" (registre vestimentaire, entre autres)
- les besoins soudains de nouveaux biens - besoins créés par la publicité et encouragés par le mimétisme social. Rappelons à ce titre que la pub "constitue le 2e budget mondial après l'armement (...) 15 milliards d'euros en France en 2003" (p. 25). Le crédit à la consommation lui emboîte le pas, entretenant l'idée fallacieuse que tout le monde peut tout (ou presque) s'offrir tout de suite...
Après une cinquantaine de pages où l'auteur expose ces idées via des théories économiques, il creuse la question à grand renfort d'arguments historiques, sociologiques, politiques, mais aussi d'anecdotes. Et cela devient aussi passionnant que perturbant. Cette logique consumériste s'est développée dès la fin du XIXe siècle avec l'émergence de la société industrielle, et le problème de l'obsolescence programmée a été abondamment analysé par des économistes du XXe siècle. Le phénomène n'est donc pas nouveau, mais son ampleur n'a cessé de s'étendre, favorisée par la pression croissante des gros industriels et des grands groupes, et par la production à moindre coût (économies d'échelle, délocalisations).
Cela pose bien évidemment le problème de la pollution et de l'épuisement des ressources naturelles, entre autres. Ces réflexions sont l'occasion de constater à nouveau le double discours de nos dirigeants (en harmonie avec les intérêts des industriels et de la grande distribution) qui nous font hypocritement trier les déchets, réduire notre consommation d'énergie tout en incitant à renouveler fréquemment voitures (prime à la casse), TV, téléphones portables, etc.
PS : Serge Latouche est Professeur d’économie à l’Université d’Orsay , "objecteur de croissance" (pour en savoir plus : c'est ici)
20-22 mai - emprunt mdtk - idée trouvée sur Babelio
~ Sévère, Régis Jauffret

Seuil, 2010
Points, mars 2011
160 p. - 5.98 €
♥♥♥♥♥
Une liaison sado-masochiste entre un "prince de la finance et sa putain" (sic). Relation sulfureuse à souhait, puisque les rôles de domination/soumission ne se limitent pas aux jeux sexuels. L'homme est richissime, donc tout-puissant (il manipule les ministres à l'envi), tyrannique, sadique avec tous, sans scrupules, sans tabous. Il jouit d'humilier, mais aussi d'être maltraité lorsqu'il le décide, et de frôler la mort de très près. C'est sa maîtresse qui domine lors de leurs "séances", mais c'est toujours lui qui fixe les règles.
Si le "maître" se révèle aussi répugnant que pitoyable, la jeune femme paraît en revanche attachante. Son témoignage suscite bien des questions. Amour ou vénalité de sa part ? Besoin de se sentir indispensable à un homme, indubitablement. Sexe ? oui, du tendre (très rarement) au plus dérangeant (principalement). Argent, pouvoir et perversité par-dessus tout... Quid du mari ? lâche, veule, pervers lui aussi ?
Régis Jauffret s'est inspiré pour écrire ce roman de l'affaire "Edouard Stern". Cette fiction est l'occasion pour le lecteur de prendre conscience de son propre voyeurisme. De sa jubilation malsaine à se repaître de sordide et de détails indécents, de son plaisir mesquin à voir un riche/puissant tomber, traîné dans la boue, victime de sa sexualité (cf. DSK).
Malgré le sentiment de malaise qui ne m'a pas quittée, j'ai dévoré ce roman. Ceci notamment grâce à une plume précise qui va à l'essentiel, au fond de la fange, sans exhibitionnisme.
Un auteur que j'ai envie de découvrir davantage.
19 mai
Adapté en film (et rebaptisé platement Une histoire d'amour) en 2011 par Hélène Fillières.
Benoît Poelvoorde et Laetitia Casta incarnent les deux personnages principaux et Richard Bohringer endosse le rôle trouble du mari.
Bizarre et incongrue, je trouve, la musique gentillette de Daho en BO...
~ Le polygame solitaire, Brady Udall

10/18, traduit de l'anglais (Etats-Unis)
par Michel Lederer
novembre 2012 pour l'édition Pocket, 741 p. - 9,40 €
♥♥♥♥♥
Une famille de Mormons dans les années 1970. Le père, Golden, n'a pas l'envergure pour assumer ses vingt-huit enfants et quatre épouses, dont une tyrannique qui mène tout le monde à la baguette. Partagé entre les exigences de ses fonctions à l'Eglise, ses préceptes religieux, la lourde responsabilité d'une grande famille, il est mou, lâche, il préfère aller travailler au loin sur un chantier pour échapper toute la semaine à ces contraintes. C'est un brave homme, mais j'avais envie de le secouer tout en le trouvant bien sympathique malgré tout. Il ne veut peiner personne, il ménage la chèvre et le chou, mais tout son petit monde est frustré, forcément. Une de ses épouses, Trish, vit très mal cette situation, et plus encore un de ses fils, Rusty. Ce petit gamin de douze ans est formidablement attachant. Solitaire, malheureux, mais intelligent, imaginatif et rebelle, il ne voit autour de lui que des "trouducs" et un Yéti en la personne de son père. Seuls sa 'mère/tante' et un voisin compréhensif savent l'aimer et lui apporter l'attention et la tendresse dont il a tellement besoin.
Alors voilà, j'ai appris (un peu) sur le mode de vie mormon, je me doutais que le mariage plural n'était une sinécure pour aucun des membres de la famille, même si, ici, la cohabitation entre femmes n'est pas trop conflictuelle. J'ai adoré le petit Rusty, ses aventures, ses refus, ses inventions, ses ruses, ses réflexions, ses subterfuges pour soulager une libido naissante, impérieuse mais tellement encombrante avec la perspective du "regard de Jésus"... Les difficultés de Golden pour se débarrasser d'un élément indésirable sur son anatomie et les lectures de Rusty m'ont beaucoup amusée. J'ai été touchée et révoltée par un passage sur le nucléaire... MAIS qu'est-ce que j'ai pu m'ennuyer tout au long de ces sept cents pages !!! Mon avis global sur ce roman est donc négatif, ce qui ne m'empêchera pas d'en conseiller la lecture à quelques personnes qui sauront l'apprécier, s'en régaler, même. J'en resterai là avec cet auteur, je pense.
4 au 20 mai, avec des jours entiers de pause, et très souvent une furieuse envie d'abandonner... Jolie couv, j'aime beaucoup les quatre alliances à l'annulaire.
Un "coup de coeur" pour Valérie, un "excellent roman" pour Papillon, une "lecture très agréable" pour Nina, avis plus mitigé pour Dasola qui a "trouvé quelques longueurs"...
Merci Tiphanie et Zarline (billet à venir) pour cette lecture commune.
~ Contes de la vie de tous les jours, Nouvelles satiriques soviétiques des années 1920 - Mikhaïl Zochtchenko
traduit du russe par Michel Davidenkoff
Editions Noir sur Blanc
septembre 1987, 146 p.
Lu par Mr :
Le titre et le sous-titre de ce recueil de nouvelles en résume parfaitement le propos. Le plus souvent le narrateur y raconte quelques mésaventures révélatrices de la vie populaire russe. On y retrouve successivement des indices de pauvreté, d'ivrognerie, d'incompréhension face à des conventions sociales ou politiques contraignantes voire aberrantes.
En préface, le traducteur explique qu'il a dû procéder à une traduction non littérale, d'un vocabulaire souvent familier, voire argotique, afin de ne pas trahir l'esprit de l'auteur. Selon le traducteur, ce style et la caricature sous- jacente du système politique soviétique caractériseraient Mikhaïl Zochtchenko (1895-1958), écrivain russe trop peu connu du public français. Dans son pays, après le rapide succès qu'auront connu ses nouvelles pendant la période de la Nouvelle Economie Politique (1921-1929), son état de santé et la censure politique limiteront sa création littéraire.
J'ai trouvé le style plutôt agréable, adapté à la concision des nouvelles. Si l'on y ressent divers aspects négatifs de la vie des soviétiques dans les années 1920, la critique de la société soviétique et de son organisation restent sous-jacents et porte sur des détails plutôt que sur le système dans son ensemble. Le style et le propos de Zochtchenko étaient sans doute très novateurs pour les soviétiques des années 1920, mais ils n'ont plus grand chose d'original pour un lecteur occidental au XXIe siècle.
Un auteur à découvrir pour ceux qui s'intéressent à cette période de l'Union soviétique.
Un grand merci à Macha pour cette idée de lecture.
EXTRAITS
► Début de la nouvelle "Les charmes de la culture" : "J'ai toujours sympathisé avec les convictions capitales. Donc, même quand on a instauré la NEP à l'époque du communisme de guerre, je n'ai pas protesté. A la NEP comme à la NEP. Ils en savent plus long. Mais par ailleurs quand on a instauré la NEP, mon coeur se serrait désespérément. Je pressentais quelque brusque revirement. Et effetivement du temps du communisme de guerre on était positivement plus libre au niveau de la culture et de la civilisation. Par exemple, on pouvait tranquillement ne pas se déshabiller au théâtre - pas au vestiaire. C'était un progrès."
► Début de la nouvelle "La limonade" : "Moi, bien entendu, je ne bois pas. Quand il m'arrive de boire, des fois, je bois peu - enfin, pour respecter les convenances, ou pour soutenir une joyeuse compagnie. De toute façon il m'est absolument impossible de descendre plus de deux bouteilles en une fois. Ma santé me l'interdit. Une fois, je me rappelle, le jour de mon ex-ange gardien, j'ai consommé un quart."
~ Je suis la marquise de Carabas, Lucile Bordes
Ed. Liana Levi
août 2012, 190 p.
♥♥♥♥♥
Au milieu du XIXe siècle, les ancêtres de l’auteur étaient saltimbanques. Se déplaçant en roulotte, ils présentaient des spectacles de marionnettes à fils. Des pièces d’inspiration religieuse d’abord, plus fantaisistes et satiriques ensuite avec leur personnage vedette : Crasmagne. Malgré la concurrence de Guignol (marionnette à gaine d’origine lyonnaise) dans la région, ce Grand Théâtre Pitou avait du succès, et l’affaire se transmettait d’une génération à l’autre, évoluant au fil des années pour s’adapter aux attentes du public.
Ce témoignage d’un vieillard - retranscrit artistiquement par sa petite fille - est superbe, sans nul doute. On est très loin des épanchements nombrilistes et creux de certains auteurs en mal d'inspiration qui s’essaient maladroitement à l’autofiction.
Je suis donc particulièrement désolée de ne pas avoir su l’apprécier comme il le mérite. Le style de Lucile Bordes n’a rien de banal, il est riche, mais il peut dérouter et décourager. Je n’ai pas réussi à m’y installer, j’ai trop souvent décroché, d’autant plus que les personnages – pourtant consistants – m’ont semblé insaisissables, froids, déprimants.
Je précise que j’avais des a priori négatifs dès la couverture : elle m'évoque les cadavres des épouses de Barbe-Bleue. Les marionnettes à fils ont d’ailleurs tendance à me rebuter d’une manière générale, je trouve leurs visages figés sinistres, macabres et effrayants.
Bref, mon rejet à l’égard ce livre est une conjonction de réticences personnelles.
Jostein est partagée, Mimipinson n'a pas aimé. Quelques avis plus enthousiastes sur Babelio.
18 & 19 mai - emprunt mdtk - couv flippante
~ Chico & Rita - Javier Mariscal & Fernando Trueba
traduit de l'espagnol par Alexandra Carrasco
Denoël Graphic
juin 2011, 216 p.
♥♥♥♥♥
La Havane, 2008. A quatre-vingts ans, Chico se souvient. Des heures de gloire à la fin des années 1940, de sa liaison tumultueuse avec Rita. Il était pianiste et compositeur, elle était chanteuse. Ils s'aimaient, formaient un duo, se déchiraient, se séparaient, souffraient, l'orgueil et la jalousie les dévastaient, mais il se retrouvaient... jusqu'à la rupture suivante.
Histoire sur fond de jazz afro-cubain, déjà j'aurais dû passer mon chemin. Un style musical auquel je n'ai jamais pu adhérer, qui me vrille les nerfs, même. Le scénario est répétitif (forcément puisque le couple se défait et se reforme sans cesse). La narration m'a semblé pauvre, m'évoquant une BD d'aventures pour enfants. Le graphisme ne m'a pas séduite non plus, hormis les scènes d'amour dans l'obscurité, très chastes, pour le joli bleu sombre et le fin rideau qui vole (cf. couverture). Cela reste bien maigre pour apprécier un album.
A suivre dans un deuxième tome - je m'abstiendrai.
19 mai - emprunt mdtk
~ Adam et Elle (vol. 1), Gwen de Bonneval & Mikaël Sterckeman
Glénat, Mille Feuilles,
janvier 2013, 48 p.
♥♥♥♥♥
Quel est le terme masculin pour 'BD girly' ? disons "boyly" ? C'est ainsi que je qualifierais cet album. Hommes jeunes, vaguement artistes, assurément têtes à claques. Ils se retrouvent, boivent un peu trop, s'en vantent, notent leurs 'coups' dans un calepin, tergiversent : se "caser" ou rester libre et se contenter d'aventures d'un soir (ou de rien) ?...
Le récit part dans tous les sens, c'est dilué, les dialogues sont fades, faciles. On peut espérer que le deuxième opus donnera de la cohésion à l'ensemble. La fin est en tout cas assez habile pour donner envie de connaître la suite, alors que je m'étais promis tout au long de l'album d'en rester là...
18 mai - emprunt mdtk
~ Silhouette, Jean-Claude Mourlevat

Gallimard Jeunesse, Scripto
janvier 2013, 224 p.
♥♥♥♥♥
Dix nouvelles sur des individus ordinaires, discrets, auxquels on s'identifie aisément. Ils ont traversé jusqu'alors les années sur la pointe des pieds, sans se faire remarquer. Rien ne semble les destiner à vivre un événement insolite, spectaculaire, dramatique. Ils n'ont pas "mérité" de devenir à ce point victimes (enfin, pas tous...).
Jean-Claude Mourlevat a un talent extraordinaire pour captiver immédiatement son lecteur. Le ton employé, la construction des récits et le suspense instauré donnent la délicieuse impression de lire des contes. Dès les premières lignes, la tristesse et/ou l'émotion enveloppent comme un brouillard, l'intrigue et le dénouement peuvent nouer la gorge, voire faire verser quelques larmes. Si le style et les idées sont parfois un brin naïves, les sujets abordés et les réflexions qu'ils suscitent sont riches, en revanche. Sentiment de culpabilité, cruauté, lâcheté, vengeance, manque de confiance en soi - voici quelques uns des thèmes abordés. On peut les appréhender ici au premier degré et en rester là, ou alors les creuser après lecture, à chaud, lorsque l'émotion est encore là. Je me suis particulièrement attardée sur "Ouessant", qui pose bien des questions sur la nature humaine.
A lire de préférence dans l'ordre pour la surprise finale, habile.
On retrouve le talent de conteur de Jean-Claude Mourlevat dans L'homme à l'oreille coupée, et L'enfant océan, que Mr et moi avions beaucoup apprécié - mais pas les enfants, à 10-12 ans... Et on découvre son regard pétillant sur la photo ci-dessus !
Lu et aimé par Mr et Junior (12 ans à l'époque) : Le chagrin du Roi mort.
17 & 18 mai - emprunt mdtk - superbe couv, particulièrement éloquente : ces individus qui se font tout petits, rasent les murs, et traversent un jour une épreuve, seuls.
~ L'homme à l'oreille coupée, Jean-Claude Mourlevat
J'ignore si ce roman se réfère à l'ouvrage presque éponyme d'Edmond About (L'homme à l'oreille cassée). Cela a peut-être son importance ? On peut aussi penser à l'automutilation de Van Gogh. J'ai découvert ce récit sans a priori et savouré ses airs de conte - imagination, exotisme et narration.
Facile à lire, amusant, une fin "pirouette" et facile, j'attendais autre chose. Mais elle devrait plaire aux jeunes lecteurs.
~ Knock, Jules Romains
Lu par Mr :
Le Docteur Parpalaid quitte le canton rural dans lequel il exerce comme médecin depuis plus de vingt ans, pour un cabinet en ville. Il croise Knock, son remplaçant, à qui il a cédé sa maigre clientèle pour quelques milliers de francs (des années 1920). Chacun des deux hommes est persuadé d'avoir fait une affaire. Le Docteur Parpalaid car il connaît la faible fréquentation de son cabinet, Knock parce qu'il a de grandes idées pour développer la Médecine. De fait c'est une véritable stratégie marketing que met en place le Docteur Knock : publicité (le tambour), conditions tarifaires accrocheuses (gratuité de la visite du lundi matin), étude de marché (dialogue avec les patients sur leurs moyens), contractualisation des services sur plusieurs mois, services annexes (pharmacie), etc. Bigrement efficace !!! Il s'agit ici de vendre des soins, non des cacahuètes... C'est précisément ce qui confère à cette pièce sa drôlerie. Une pièce et un humour non démodés, seuls les modèles de véhicules peuvent rester difficiles à trouver pour une adaptation moderne...
L'avis de Canel.
~ Vraiment pas de bol ! - Hubert Ben Kemoun

Editions Thierry Magnier, Petite Poche
octobre 2006, 47 p. - 4.84 €
♥♥♥♥♥
A douze ans, Dino n'a rien d'un délinquant, il est plutôt mignon, même. N'empêche qu'à lui tout seul, il est responsable de gros dégâts, qui ont fait plusieurs dizaines de blessés. Tout a commencé par une fête foraine, un tour de 'Looping Fou Fall', et... Pas de bol, concours de circonstances, cascade de dominos - appelons cela comme on veut. C'est ce qu'il s'évertue à expliquer à la police, au commissaire Sacha en particulier, qui l'interroge pour la énième fois.
Encore une fois, cette collection aborde un sujet grave. Le récit pourrait être dramatique, il est surtout plein d'humour, tant la guigne du jeune garçon semble à la fois improbable et logique. La fin est réjouissante, de quoi calmer la colère du commissaire, car non, décidément, Dino n'est pas coupable, il serait même trop docile ! L'obéissance est parfois un vilain défaut.
15 mai
~ Mattéo (Première période : 1914-1915) - Jean-Pierre Gibrat
Futuropolis, Gallisol
octobre 2008, 64 p.
♥♥♥♥♥
Le 1er août 1914, la France entre en guerre. Le gouvernement annonce aussitôt la mobilisation générale. Les soldats partent 'la fleur au fusil', persuadés de régler rapidement son compte à l'ennemi - en quelques semaines tout au plus. A Collioure, le jeune Mattéo est exempté grâce à ses origines espagnoles. Tant mieux pour lui : il reste auprès de la jolie Juliette. Mais la mauvaise conscience le taraude. Il s'engage finalement, alors qu'on n'ignore plus les dégâts de cette guerre sauvage et meurtrière. Rares sont les familles dans le village qui n'ont pas perdu un des leurs, et les blessés reviennent en triste état.
On retrouve un thème déjà présent chez cet auteur dans la série Le Sursis : les convictions pacifiques d'un homme à l'épreuve de sa conscience. Refuser de participer au carnage mais rester "lâche" (à ses propres yeux et à ceux des autres, désapprobateurs), ou bien faire preuve d'un courage suicidaire ?
Autre aspect récurrent : une femme pour deux hommes…
La guerre est décrite ici de façon très réaliste. Toute l'horreur des combats est exposée crûment : peur, explosions, sang, barbelés, corps déchiquetés. Peu d'éléments en revanche sur le quotidien dans les tranchées, hormis le plus positif : la camaraderie, la solidarité.
Toujours un superbe graphisme chez Jean-Pierre Gibrat : précis, riche de détails, visages fins. Les jolies jeunes femmes se ressemblent beaucoup d'un ouvrage à l'autre, et même au sein d'un même album (cf. infra), avec un petit air de la petite Martine (dessinée par Marcel Marlier).
L'histoire de Mattéo ne s'arrête pas là, la suite est à découvrir dans un deuxième opus.
~ L'atelier des miracles, Valérie Tong Cuong
JC Lattès
9 janvier 2013, 264 p.
♥♥♥♥♥ - 
Roman polyphonique : trois personnes en difficulté, en souffrance. Elles ont la chance de croiser Jean qui, comme le laisse présager la couverture de l'ouvrage, remet de l'huile dans les rouages grippés.
Tout cela est très gentil, plein de bonnes intentions, de bons sentiments et de coups de baguette magique. Beaucoup de phrases m'ont plu. Hélas, je viens de lire le brillant Profanes de Jeanne Benameur, qui aborde les mêmes thématiques : besoin de faire du ménage dans sa vie et de repartir du bon pied. La comparaison était inévitable, au détriment de cet ouvrage, que j'ai trouvé simple et convenu, et dont les surprises finales m'ont navrée tant sur la forme que sur le fond... Exactement le genre de récit que j'oublierai rapidement (je l'espère en tout cas), même si la lecture n'a pas été désagréable.
Après avoir savouré Ensemble c'est tout de Gavalda il y a une dizaine d'années, je m'agace de voir reprises si souvent les recettes de ce bon roman.
10 au 12 mai - emprunt mdtk - les couv de cet éditeur se suivent et se ressemblent.
~ Knock, Jules Romains
Gallimard, Folio
1972, 120 p.
♥ ♥ ♥ ♥ ♥
On se déplace rarement chez le médecin dans la bourgade de Saint-Maurice. Et pour cause : faute de motivation, le Docteur Parpalaid n'a pas l'oreille très complaisante, ses réponses restent évasives. Alors on se débrouille (on ne va quand même pas payer pour se voir conseiller une tisane !), et on ne voit pas beaucoup le pharmacien non plus. Lorsque Knock reprend le cabinet, tout change. Consultations gratuites une demi-journée par semaine, écoute attentive, diagnostics alarmistes mais aussi pleins de bon sens pour une meilleure hygiène de vie.
Philanthrope, ce Docteur Knock ? les gens adorent confier leurs petits malheurs, quitte à en rajouter/inventer... Filou ? Commercial ? Ingénieux en tout cas et ne ménageant pas sa peine. Il va faire prospérer sa "petite entreprise", ainsi que celle du pharmacien. Cela en faisant grassement payer les patients fortunés, et en mettant une partie de la population au lit - pour le plus grand plaisir de ces gens, ravis d'être enfin l'objet d'attention.
Cette pièce a été écrite dans les années 1920. J'ignore quel accueil elle reçut à l'époque mais l'humour n'a pas vieilli. Ce texte visionnaire (sur l'art "capitaliste" de créer et développer un besoin) est pertinent, malicieux et jubilatoire. Je l'ai relu avec bonheur.
Livre découvert en 6e, en lecture imposée. J'avais beaucoup aimé, la prof avait dû nous le rendre limpide ; pas sûr que tout y soit accessible dès douze ans sans décryptage. Un premier pas réussi pour moi vers le théâtre écrit, qui m'a sûrement aidée à surmonter Molière les années suivantes (auteur génial pour les adultes, mais totalement indigeste au collège) et à continuer à lire des pièces avec plaisir.
9 mai - emprunt mdtk (je ne sais plus où est mon vieil exemplaire)
Le contexte : "Cette comédie est écrite en 1923, à une époque où l'emprise de la publicité intensive sur le modèle d'outre-Atlantique commence à gagner l'Europe. L'idée de l'appliquer au domaine de la médecine relevait, alors, de l'effet comique. Au delà de l'aspect comique, un autre point de vue est possible. En effet, en 1922 sort un film de Murnau "Nosferatu le vampire". Dans ce film, l'employé du Comte Orlock (Nosferatu) se nomme Knock. Nosferatu voyage sur un bateau, dont il décime l'équipage, tout en amenant la peste. (...) Dans une des scènes finales de la comédie Knock, l'ensemble des malades accompagne le docteur Parpalaid à sa chambre, en le suivant dans l'escalier avec un air penchant plus vers le film d'horreur que vers le comique." (Wikipedia)
~ Apprenti, mémoires d'avant-guerre - Bruno Loth
La Boîte à Bulles, Hors-Champ
janvier 2011, 96 p.
♥ ♥ ♥ ♥ ♥
Les auteurs de BD-documentaires consacrent souvent un de leurs ouvrages à leur père, en travaillant directement avec lui ou à partir des souvenirs qu'ils en gardent s'il est décédé - cf. Art Spiegelman, Etienne Davodeau, Tardi, Michel Kichka... Ces albums sont d'autant plus riches qu'ils sont tissés d'émotion, et, selon la formule consacrée, de grande et petite histoire.
Au milieu des années 1930, Jacques a seize ans. Bien que son père se soit affranchi du "patronat" en devenant chauffeur de taxi, le jeune homme entre en apprentissage dans les chantiers navals bordelais. Il vient d'abandonner sa formation d'ingénieur, la famille ayant besoin d'argent. Rude entrée dans la vie active : salaire de misère et long bizutage de la part des anciens - "on a toujours besoin d'un plus petit que soi"... pour se venger de l'oppression subie.
Le contexte socio-historique présenté est très intéressant, je ne le connaissais que sommairement. 1936, victoire de la Gauche avec l'arrivée de Blum au pouvoir, grèves pour obtenir les congés payés et la réduction du temps de travail, mais aussi solidarité, création des auberges de jeunesse, aventure et camping... L'album est très agréable à lire : juste assez de couleur pour éveiller le graphisme sans le surcharger - il faut dire que le "bleu de travail" ouvrier s'imposait ! Une postface complète parfaitement le récit : documents d'époque, photos de famille...
On peut éventuellement trouver le propos un peu léger, anecdotique. Mais il s'agit d'une tranche de vie, plus que d'un strict documentaire. Il suffit d'éviter de comparer avec d'autres albums plus engagés.
< emprunt mdtk >
Extraits :
► (...) chantiers maritimes du sud-ouest, rue Blanqui... Un comble : cette rue, haut lieu de l'exploitation des ouvriers, portait le nom de celui qui, le premier, avait lancé à la face des bourgeois : "Ni Dieu, ni maître."
(p. 5)
► A l'atelier, on nous apppelle les "arpettes" [nous, les apprentis] corvéables à merci, recevant brimades, moqueries et coups de pied au cul... En somme, à l'usine, nous ne sommes rien. (p. 13)
► Ce matin du 4 mai 1936, en arrivant à l'usine, se tient un comité d'accueil inhabituel... Les délégués syndicaux distribuent des tracts sur lesquels on peut lire : grève générale, usine occupée...
- La grève ? mais on [la gauche] a gagné les élections...
- Justement, les patrons, faut qu'ils casquent... On veut les congés payés, la semaine de 40 heures, des salaires décents et que Blum prenne le pouvoir tout de suite !
(p. 26)
► Tous les mardis soir, le bureau des auberges de jeunesse se réunit pour organiser les sorties du dimanche... Dans un esprit de fraternité, nous partageons tout et, en cette période d'extrêmisme politique, nous pensons d'abord à la paix et à la nature. C'est une bouffée d'air pur.
(p. 35)
~ Juste une ombre, Karine Giébel
Pocket, Thriller,
7 mai 2013, 606 p.
1e parution en 2012
♥ ♥ ♥ ♥ ♥ (presque)
Parfait pour jouer d'emblée avec les nerfs du lecteur : présenter des faits de harcèlement non vérifiables par autrui, et laisser planer le doute sur la paranoïa de la personne qui s'en dit victime.
Giébel montre encore une fois son talent à disséquer la perversité des rapports humains : séduction, manipulation, sadisme, relations de pouvoir et de soumission (au travail, en famille, en amour, en amitié), dépendance à l'autre qui fait perdre toute dignité, etc. Alors bien sûr, le trait est forcé, les situations parfois insupportables, mais la démonstration n'en est que plus éloquente. Que l'on pense aux expériences sur les rats de laboratoire, où le dominant se manifeste vite... L'animal humain n'échappe pas à ce type de comportement social.
Les clichés du genre policier ne manquent pas, les ressemblances avec d'autres thrillers, de cette auteur ou d'autres écrivains (je pense à un français récent) non plus, et les invraisemblances sont agaçantes (cape d'invisibilité ?). Mais qu'importe les clichés, les redondances chez Giébel (des femmes blindées d'orgueil et tellement faibles par ailleurs, les passages à la guimauve...). Ce livre est un excellent page turner, déjà, et offre en prime une analyse brillante des relations humaines. Quelques touches d'humour viennent soulager de loin en loin le malaise et la tension du lecteur, grâce à certaines répliques cinglantes d'Alexandre, flic blessé, bourru, en colère.
Voilà bien longtemps que je n'avais pas eu tant de mal à lâcher un livre, un pavé pourtant. Parce que, malgré tout ce que je lui reproche, je l'ai trouvé simple à lire, agréable, particulièrement habile et surtout très riche.
Vais-je attendre la sortie poche du tout dernier Purgatoire des innocents, présenté par les lecteurs comme encore plus fort que Meurtres pour rédemption ? Ma PAL de polars/thrillers devrait m'aider à résister. Et comme les ambiances sont proches d'un roman de Giébel à l'autre, autant attendre pour mieux savourer.
Une petite larme cette fois aussi ? oui, une heure après avoir refermé le livre... 
8 & 9 mai - pitié, variez les titres, Karine Giébel et/ou son éditeur : on s'y perd - hein Sandrine !?
- mais celui-ci convient à merveille.
---- Challenge thrillers et polars de Liliba, 48e ----
- dernier récap des lectures de TOUS les participants fin avril ici (plein d'idées à piocher !) -

~ La Quête de l'horizon, Tome 1 : Mahmoud, petit prince du désert - Didier Debord
Par défi, Agnès et Vincent partent en quête de "l'horizon". Ils sont arrivés à Mostaghanem en Algérie. Ils y rencontrent Mahmoud, un enfant touareg. Celui-ci les accueille en les présentant à sa famille. Ils ont tant à partager et à découvrir les uns sur les autres qu'ils partent ensemble à travers le désert. Pour le frère et la soeur, ainsi que pour le lecteur, le dépaysement est total.
D'une lecture facile et agréable, cette histoire fait découvrir les grandes différences entre notre culture et celle des Touaregs, dont le mode de vie s'est adapté aux contraintes de leur environnement. Ces enfants trouvent cependant aussi ce qui les rassemble et ce en quoi ils se ressemblent, notamment leurs jeux. Les menaces qui pèsent sur le mode de vie touareg (assèchement, concurrence de moyens modernes, conflits territoriaux...) ne sont pas occultées. A ce sujet l'auteur est réaliste : il évite de tomber dans un excès de nostalgie démoralisant.
A la fin du livre, les deux enfants semblent décidés à partir pour le Mexique. L'occasion pour eux et pour le lecteur de nouvelles découvertes.
► Avis de Canel :
Voyage en quête de l'horizon pour deux enfants, Agnès et Vincent. Première étape : l'Afrique du Nord. Leur guide sera Mahmoud, un garçon touareg de leur âge rencontré sur les marchés. Il y travaille, vendant ou troquant des jouets de sa fabrication. Avec lui, les petits Français découvrent ébahis un mode de vie très éloigné du leur : traditionnel et nomade. Ils accompagnent Mahmoud et sa famille dans un long périple à travers le désert, à pied et à dos de dromadaires.
Cet ouvrage est une excellente façon de voyager et d'appréhender d'autres cultures - celle des Touaregs ici, leur destin de bergers nomades menacé par la sécheresse et la concurrence du transport du sel par camions. Le récit est très intéressant, nourri d'anecdotes sur le quotidien. Simple et clair, il alerte aussi sur la disparition à brève échéance de l'identité sociale de certains peuples. Ce constat est présenté de manière subtile, sans ton moralisateur.
Dans les opus suivants, Agnès et Vincent poursuivent leur quête de l'horizon à Teotihuacan puis au Japon. Je les suis.
Dès 9-10 ans.
La Quête de l'horizon, Tome 1 : Mahmoud, petit prince du désert - Didier Debord, Editions du Jasmin, novembre 2012, 62 p.
Merci à Babelio (MC jeunesse du 11/04) et aux éditions du Jasmin.
~ Vivement jeudi ! - Mathis
Editions Thierry Magnier,
septembre 2002, 48 p.
"Vivement jeudi !". C'est le cri du cœur de cette enfant dont les mercredis sont surchargés. Le réveil ne sonne qu'une demi-heure plus tard que les jours d'école. Quatre activités différentes, pas moins : de la musique, du sport. En plus elle habite à la campagne parce que "Papa en avait marre de la ville, il voulait du grand air". Alors il faut parcourir des kilomètres en voiture pour se rendre aux cours en ville, la mère s'énerve dans les bouchons, l'œil sur la montre, tout est minuté, stress garanti pour tous.
Au secours ! Laissons nos petits souffler, glander, se détendre avec les copains ou même s'ennuyer. Quid de la fatigue ? de leurs goûts ? de leurs envies ?
Encore une fois un 'Petit Poche' des éditions Thierry Magnier qui aborde un sujet important, un travers fréquent chez nous, parents, qui voulons des enfants parfaits, cultivés et sportifs. Ce sont souvent nos ambitions d'adultes qui s'expriment là, nos propres frustrations, les enfants ne sont pas toujours consultés.
Souhaitons que cette fillette n'ait pas d'activités certains soirs de la semaine et/ou le samedi, en plus.
Une jolie fin poétique qui en dit long.
6 mai - emprunt mdtk
De cet auteur, j'ai aussi apprécié Tatie Gribouille (même collection) et Faire et défaire (nouvelles pour ados)




















![LC1 - 31/07 : Lili [Petite Marchande de prose]](http://p6.storage.canalblog.com/61/80/624058/86397472_q.jpg)
